Lettre ouverte au Conseiller fédéral Ueli Maurer

Si la votation avait eu lieu début avril, l’acquisition des avions de combat suédois aurait été rejetée. C’est ce que démontre le premier sondage SSR. Le motif principal cité est le coût élevé de cette acquisition. Il est par conséquent compréhensible que peu avant la votation la nervosité augmente au sein du commandement de l’armée, ainsi que pour vous en tant que Conseiller fédéral en charge de l’objet. Nous estimons toutefois inacceptable que les autorités officielles interviennent dans la campagne de votation au moyen d’un véritable imbroglio de chiffres. Ce n’est pas digne d’une discussion démocratique correcte.

Votation sur le Gripen : tenez-vous en aux faits

Monsieur le Conseiller fédéral,

 

Si la votation avait eu lieu début avril, l’acquisition des avions de combat suédois aurait été rejetée. C’est ce que démontre le premier sondage SSR. Le motif principal cité est le coût élevé de cette acquisition. Il est par conséquent compréhensible que peu avant la votation la nervosité augmente au sein du commandement de l’armée, ainsi que pour vous en tant que Conseiller fédéral en charge de l’objet. Nous estimons toutefois inacceptable que les autorités officielles interviennent dans la campagne de votation au moyen d’un véritable imbroglio de chiffres. Ce n’est pas digne d’une discussion démocratique correcte.

 

Le chef de l’armée André Blattman a spécifié très clairement, en septembre 2012 dans une interview, que les avions F/A-18 seraient encore engagés jusqu’en 2035 et cela sans équipement supplémentaire. Ce sont également ces chiffres qui ont été présentés au Parlement. Dans la brochure de la Confédération, il est aussi indiqué que les 32 F/A-18 sont « à un bon niveau technique et seront engagés jusqu’en 2030 au moins ». L’acquisition du Gripen est motivée par le besoin de remplacer les Tiger.

 

Le commandement de corps Aldo Schellenberg et le lieutenant-colonel Reto Kunz prétendent à présent, lors d’un débat public à Emmen, respectivement à Willisau, que les F/A-18 arrivent en fin de vie en 2025. La durée de vie totale d’un F/A-18 comporterait 5000 heures de vol. A Emmen, Aldo Schellenberg avance le fait que les F/A-18 ont effectué en moyenne 2700 heures de vol. A Willisau, selon Reto Kunz, il s’agirait de 3000 heures. La durée restante d’engagement serait donc de 10% plus courte. Il est impossible que les deux affirmations soient exactes.

 

Cette nouvelle argumentation insinue de plus que le Gripen est nécessaire pour remplacer les F/A-18. Dans la brochure de la Confédération, l’acquisition du Gripen est pourtant présentée comme le remplacement des Tiger. Dans le Rapport sur l’armée 2010, le Conseil fédéral a déclaré cet achat de remplacement comme inutile (Rapport sur l’armée 2010, p. 65 : « Avec les 33 F/A-18C/D – donc en attendant le remplacement partiel des Tiger – les moyens sont suffisants pour assurer le service de police aérienne avec nos propres avions de combat et nos propres ressources »). Sans le dire explicitement, la nouvelle argumentation considère de fait les Gripen comme une acquisition de remplacement  des F/A-18, comme si la Suisse sans les Gripen allait bientôt se retrouver sans avions de combat. Ce qui n’est bien entendu pas vrai. Les « faits » présentés par la tête de l’armée sont donc faux et trompeurs. Ils contredisent de plus les chiffres présentés dans la Brochure des explications du Conseil fédéral et au Parlement. Vos déclarations de dimanche, irrespectueuses des femmes, font encore ressortir le fait que cette argumentation devient plus en plus subjective.

 

Nous vous prions instamment de mener une campagne de votation loyale et de demander aux responsables de l'armée d'en faire de même. Ils doivent informer la population de manière objective et véridique.

 

Nous vous prions de croire, Monsieur le Conseiller fédéral, àl’expression de notre haute considération.

 

Christian van Singer, Conseiller national VD, membre Commission de la politique de sécurité Adèle Thorens,
co-présidente 


 
Regula Rytz,
co-présidente 


 
Balthasar Glättli, président de groupe