2e tube au Gothard: fausses promesses

De fausses promesses et beaucoup à perdre. L’association «Non au 2e tube au Gothard » lance le référendum

L’association «Non au 2e tube au Gothard» regroupe une cinquantaine d’organisations nationales et régionales; elle lance le référendum contre la construction d’un second tunnel routier au Gothard. Mardi, à Berne, les représentantes et représentants de l’association ont sévèrement critiqué le projet. Elles et ils reprochent au Conseil fédéral et au Parlement de vouloir contourner au moyen de fausses promesses la protection des Alpes, pourtant inscrite dans la Constitution.

L’espace alpin est fragile. La circulation routière nuit excessivement aux personnes et à l’environnement dans les vallées alpines, car le même véhicule y émette une concentration de polluants trois fois plus élevée que sur le Plateau, et encore bien davantage lorsque les conditions météorologiques sont défavorables.

Avec le projet de percement d’un second tunnel routier au Gothard, le Conseil fédéral et le Parlement essaient de tromper le peuple. La disposition légale envisagée, qui prévoit d’ouvrir seulement deux voies à la circulation, n’est qu’un artifice pour se soustraire à l’article constitutionnel sur la protection des Alpes. Car une loi est modifiable en tout temps. Ne nous y trompons pas: sitôt un deuxième tube percé, des voix s’élèveront fortement pour demander l’utilisation des quatre pistes. De surcroît, la Suisse irait aussi au-devant de problèmes juridiques avec l’UE. Il serait difficile d’exploiter deux tubes et de n’en ouvrir que deux pistes. L’accord sur les transports terrestres avec l’UE se fonde notamment sur le principe de la libre circulation. Du coup, aucune disposition limitant outre mesure le trafic ne serait tolérée.

Le Tessin particulièrement touché
Le Tessin subirait tout particulièrement les conséquences du trafic routier au Gothard. Un second tunnel routier amènerait tôt ou tard encore plus de véhicules, notamment des poids lourds. La santé des personnes vivant le long de l’axe nord-sud serait davantage menacée. De plus, en cas de percement d’un deuxième tube routier, le Tessin se verrait complètement coupé du reste de la Suisse pendant 140 jours, car l’ancien tunnel devrait être assaini en urgence.

Même la Suisse romande souffrirait de la construction d’un deuxième tube, a relevé Anne Mahrer, conseillère nationale (Verts/GE), membre du comité central de l’ATE. D’autres projets subiraient un report pour assurer le financement d’un second tunnel routier. Il est prévisible que la Romandie serait désavantagée dans ce cas. En Suisse alémanique, le Gothard tient du mythe, aussi la conseillère nationale suggère-t-elle de se concentrer sur les faits.

Concurrence avec les projets d’agglomération et les NLFA
Par ailleurs, un deuxième tube entrerait en concurrence avec de nombreux projets d’agglomération dont le financement n’est pas encore assuré, a averti Regula Rytz, coprésidente des Verts suisses et membre du comité de l’Initiative des Alpes. Environ 17'000 véhicules en moyenne circulent chaque jour au Gothard, soit beaucoup moins que dans les agglomérations. Creuser un cinquième tunnel au Gothard reviendrait à jeter l’argent par les fenêtres. En outre, ce tube ferait concurrence aux NLFA qui seront terminées ces prochaines années. Ce projet d’envergure a coûté plus de 20 milliards de francs suisses. Mais, en voulant percer un deuxième tube, le Conseil fédéral, les partis bourgeois et le lobby automobile prennent délibérément le risque de saboter l’effet des NLFA. L’économie ne serait d’aucune façon incitée à transporter davantage de marchandises par le rail.