Luc Recordon à propos de l'attitude du Conseil fédéral sur le franc fort

Comme d’habitude dans ce domaine, le Conseil fédéral donne de grands coups d’épée dans l’eau. Ce n’est pas de mesures fiscales distribuées à l’arrosoir qu’il convient de prendre: il faut instaurer des aides ciblées pour les entreprises touchées par le franc fort et disposant de peu de liquidités et, sur un plan plus général, une taxe contre la spéculation financière, dont le principe a du reste été adopté en janvier 2013 par les ministres européens des finances.

Le gouvernement tourne en rond et il est à côté du sujet. Il propose, sous couvert d’amélioration des conditions cadre, de gaspiller de précieuses recettes fiscales pour toutes les sociétés commerciales sans apporter le moindre appui concret à celles qui en ont réellement besoin. Ce qui aurait un sens, ce serait un appui conjoncturel, tel que le cautionnement de crédits-relais de trésorerie pour les entreprises, souvent des PME, pouvant démontrer une baisse des affaires clairement liée à la hausse brutale du franc suisse et une perspective de redressement raisonnable. Par ailleurs, l’objectif de protéger à terme l’économie contre les effets désastreux de la spéculation financière exige l’étude rapide d’une taxe progressive – de type Tobin-Spahn, c’est-à-dire d’un taux accru en cas d’accélération du marché  –, visant particulièrement les échanges de devises et plus encore les transactions automatisées effectuées dans de très petits incréments de temps.