Communiqués
Conseil fédéral et caisse-maladie unique
C’est l’hôpital qui se fout de la charité !
Le saviez-vous ? Dans le domaine de l’assurance maladie, tout va très bien, Madame la marquise ! C’est en tout cas ce que dit le Conseil fédéral dans son message au sujet de l’initiative populaire pour une caisse unique : « la loi sur l’assurance maladie en vigueur a atteint les objectifs visés par le législateur » ! Qu’on se le dise du côté des familles qui ploient sous la charge des primes, en hausse constante ! Qu’on se le dise du côté des autorités cantonales qui s’arrachent les cheveux face à l’explosion des coûts de la santé ! Qu’on se le dise du côté des prestataires de soins qui râlent contre la toute-puissance des caisses ! Le Conseil fédéral tient la barre, et il pense « parvenir à un système de santé optimal en terme de coûts » ! La caisse unique, c’est NON, sans contre-projet ! Amen !
Bien que disposant d’un bon potentiel d’économies (sur les frais de publicité, sur les réserves, sur les frais administratifs, sur le coût des changements de caisse), la caisse unique ne va pas d’un coup d’un seul permettre une baisse substantielle des primes. Elle va surtout offrir un meilleur instrument de pilotage du système. Cela, le Conseil fédéral le reconnaît. Il envisage même que la pression politique visant à diminuer les augmentations de coût puisse s’accroître. Mais, ô paradoxe, c’est une critique, comme s’il accusait les partisans de la caisse unique de vouloir sabrer dans la liste des prestations remboursées. Ce ne sont pourtant pas eux qui s’emploient à démanteler le système de remboursement des soins, mais plutôt Monsieur Couchepin et ses services, qui ont déjà banni les médecines complémentaires et bientôt peut-être les psychothérapies ; ou qui entendent torpiller la solidarité pour faire payer les plus vieux et les personnes à risques. La concurrence entre caisses, vache sacrée du système actuel, n’engendre pas autre chose que la discrimination des « mauvais » risques, et l’avènement d’une médecine à deux vitesses.
Il ne se passe pas un jour sans que retentisse la colère tantôt des médecins, tantôt des assurés contre la toute-puissance des caisses, leur arrogance et leur opacité. Et pourtant, c’est au principe d’une gestion tripartite proposé par l’initiative pour la caisse unique que le Conseil fédéral réserve ses critiques, car il « redoute que les différents intérêts dans la gestion conduise à d’intenses discussions ». Faut-il vraiment que cette peur de la confrontation et du débat démocratique revienne à laisser les 95 caisses actuelles faire la loi en toute discrétion selon leurs intérêts, accumuler des réserves pléthoriques, et manipuler le système de manière à booster les assurances complémentaires ?…
Quant aux primes en fonction de la capacité financière des ménages proposées par l’initiative, le Conseil fédéral lui préfère le modèle charitable des subsides. Quand on sait que dans certaines régions, près de la moitié des assurés ne peuvent pas s’en sortir sans ces aides, on peut juger plutôt cynique ou de mauvaise foi la remarque du message selon laquelle notre système pénaliserait la classe moyenne, car c’est justement elle qui souffre le plus, aujourd’hui, de devoir payer plein tarif quand elle se situe juste au-dessus de la barre des subsides.
Avec le régime actuel d’assurance maladie, nous sommes dans la panade ! Ne pas vouloir le reconnaître et prendre des airs de vertu offusquée pour refuser une alternative, c’est encore ce qui choque le plus dans la prise de position du Conseil fédéral.
Anne-Catherine Menétrey, Conseillère nationale
Paru dans 24heures le 23 mars 2006

