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L'alimentation prime sur le libre-échange
Il est révélateur que l’OMC ait échoué à répondre à la question de la survie des paysans pauvres en Inde, en Chine et dans les pays du Sud. Tel qu’il est prêché par l’OMC, les géants de l’agro-business et le grand capital, le libre-échange signifie la ruine de toutes les exploitations agricoles qui n’atteindront pas la taille critique, ce qui entraînera fatalement une aggravation de la crise alimentaire mondiale. C’est pourquoi les Verts exigent aujourd’hui un moratoire sur les négociations agricoles au sein de l’OMC.
La Chine et l’Inde ont refusé de conclure des négociations n’assurant pas une protection suffisante à leur population paysanne, qui représente plus d’un milliard et demi d’individus. En les livrant sans défense à la concurrence de l’agro-business, qui maintient les prix artificiellement bas et inonde les marchés de produits génétiquement modifiés, ce ne sont pas seulement les conditions d’existence de millions de personnes qui se trouvent menacées. La ruine des paysans va de pair avec une détérioration alarmante de la situation alimentaire dans les pays du Sud.
Confirmation du rapport de l’ONU sur l’agriculture mondiale
L’échec du cycle de Doha face à la nécessité de protéger les petits paysans des pays en développement confirme la direction donnée par le rapport de l’ONU sur l’agriculture mondiale et reprise par la Banque mondiale. Fruit du travail de près de 400 experts, ce rapport publié en avril n’a pas encore retenu l’attention de notre ministre de l’économie, pas plus que celle des partis gouvernementaux. Il souligne pourtant l’urgence d’un changement drastique de la politique agricole mondiale. Plutôt que d’encourager des exploitations high-tech sur le modèle américain, dont le bilan écologique est désastreux et le coût prohibitif pour la plus grande partie des paysans de la planète, il s’agit désormais de promouvoir une agriculture soucieuse de ses implications sociales et visant en premier lieu à améliorer la vie des communautés rurales. Une agriculture qui respecte les particularités locales, tant géophysiques que culturelles, et participe ainsi à la sauvegarde du milieu naturel. Des chercheurs qui s’emploient à tirer profit de la biodiversité plutôt que de la détruire. L’agro-business ne résoudra pas le problème de la faim dans le monde, pas plus que celui de la pauvreté. Le sort des affamés est entre les mains des millions de petits paysans qui luttent actuellement pour leur survie et que seules des barrières douanières pourront sauver.
L’échec du cycle de Doha sur le front des droits sociaux renforce les Verts dans leur conviction qu’un moratoire sur les négociations agricoles à l’OMC est nécessaire, que les denrées alimentaires doivent être exclues des accords de libre-échange et qu’il faut à terme retirer à l’OMC toute compétence en matière d’agriculture. Les aliments ne sont pas des marchandises comme les autres, raison pour laquelle les questions agricoles doivent à l’avenir être traitées par l’ONU. Les Verts se sentent également encouragés à poursuivre leur engagement en faveur d’une politique agricole suisse respectueuse des êtres humains et de l’environnement. L’échec des négociations de l’OMC ouvre des perspectives pour résoudre le problème de la faim dans le monde, et cet espoir compense largement les inconvénients qu’il peut avoir pour les grandes banques et l’industrie d’exportation.

