On a oublié la conquête de la vie familiale par les hommes
L'égalité passe par les hommes
Si, lors du jubilé des 30 ans de l'article constitutionnel sur l'égalité entre hommes et femmes, l'on a beaucoup insisté sur l'inégalité salariale et sur la difficulté pour les femmes d'atteindre les postes à responsabilité, à mon sens, on a négligé son corollaire : la conquête pleine et entière de la vie familiale par les hommes.
Force est de constater que les postes à responsabilité, dans le monde du travail actuel, impliquent souvent des journées de 12 heures, une flexibilité et une disponibilité d'esprit permanente qui n'est guère compatible avec une présence quotidienne de qualité auprès de ses enfants. La norme sociale impliquant encore souvent que ce soit les femmes qui réduisent leur temps de travail, et par conséquent leurs responsabilités et leur salaire, afin d'assurer une présence familiale suffisante, les hommes possède un avantage fonctionnel aux yeux des employeurs qui leur donnent une certaine priorité lorsqu'il s'agit d'attribuer un poste hiérarchique. Ceci est particulièrement vrai pour les trentenaires, âge auquel les carrières professionnelles prennent souvent une tournure décisive et où l'on construit sa famille.
Pour surmonter cette situation, dans les années quatre-vingts, le modèle féminin - et parfois féministe - a souvent été la femme multitâche : ambitieuse, elle mène de front vie professionnelle et vie de famille. Résultat : on a créé la « double journée » des femmes, modèle physiquement et psychiquement éprouvant , que finalement peu de mères choisissent.
Du côté des hommes, la situation n'a que peu évolué. La gent masculine est encore largement dévolue à mettre sa priorité sur le monde du travail. Comme mâle, demander un temps partiel ou revenir sur le marché de l'emploi après s'être occupé de ses enfants est extrêmement mal compris par l'employeur : au manque de disponibilité ou d'actualisation professionnelle, déjà problématiques pour les femmes dans ces situations, s'ajoute, pour les hommes, un fort soupçon de manque d'appétence et d'ambition qui est totalement rédhibitoire pour les postes à responsabilités.
La quête de l'égalité passe par un changement des mentalités au niveau du management des entreprise. Et c'est paradoxalement aux hommes d'en être les fers de lance à travers un mouvement d'émancipation masculine. Car lorsque les hommes revendiqueront massivement le droit au temps partiel, celui de partir du bureau à 16h quand cela est nécessaire et qu'ils sauront dire non à trop d'heures supplémentaires, ils se mettront sur un pied d'égalité avec leurs collègues féminines, qui seront ainsi moins discriminées dans leur évolution de carrière pour cause de maternité.
En attendant le premier épisode de Desperate housemen, pour mener à bien ce changement sociétal, il faut, d'une part, cesser de valoriser le stakhanovisme professionnel et, d'autre part, arrêter de dévaloriser la vie au foyer, car c'est aussi un lieu d'épanouissement personnel. Les modèles sociétaux pourront alors évoluer indépendamment du genre.

