crise monétaire
Qui va payer la facture?
La tuerie de Norvège, la catastrophe nucléaire de Fukushima, la famine dans la Corne de l’Afrique, autant d’événements dramatiques qui ont subitement quitté la une des journaux pour céder la place à des rapports alarmants sur l’affolement des bourses et l’appréciation du franc. La presse se fait l’écho des inquiétudes de l’industrie d’exportation, de la branche touristique, de la Banque nationale et du Conseil fédéral. Les nouvelles se succèdent à un rythme accéléré, et le quidam peu au fait des mécanismes complexes régissant la finance mondiale y perd définitivement son latin. Comment ces lois du marché apparemment toutes puissantes et garantes d’un équilibre perpétuel, peuvent elles générer de telles turbulences ? Ne répète-t-on pas à l’envi que le marché règle ses problèmes tout seul ? Une agence de notation financière émet l’ombre d’un doute sur la solvabilité des Etats-Unis et déjà le spectre de la récession plane sur le monde entier. Une récession que les salariés et les consommateurs paieront au prix fort, et qui nuira surtout aux plus démunis, toujours les premiers à souffrir des programmes d’austérité.
Mais tout le monde ne se plaint pas du cours de l’euro : les grands distributeurs et les importateurs d’autos réalisent de juteux profits, tout en se gardant bien d’en faire profiter leurs clients. Le Conseil fédéral décidera demain comment actionner la loi sur les cartels et la commission de la concurrence pour empêcher ces gains « indécents » (selon l’expression du conseiller national PDC alémanique Pirmin Bischof). Le président de l’UDC Toni Brunner se demande quant à lui : « La politique est-elle autorisée à prendre des mesures pour réguler le marché ? » Sa recette : en appeler à la responsabilité individuelle des patrons – et que joue la loi de la libre concurrence. Alors même que ce parti couvre la Suisse d’affiches appelant à « stopper l’immigration de masse ». Pourquoi l’Etat devrait-il intervenir pour limiter l’immigration mais n’aurait rien le droit de faire pour nous protéger des méfaits de l’économie de casino ? L’UDC montre là son vrai visage : peu lui en chaut de défendre les intérêts des consommateurs, et finalement, de tous les citoyens suisses. Ses prétendues solutions ne sont que de la poudre aux yeux des électeurs potentiels. Que le marché laissé à lui-même favorise toujours les plus riches, cela est parfaitement égal aux pontes de l’UDC, puisqu’ils font partie de ce cercle très fermé. Que les tempêtes boursières soient le résultat d’une dérégulation aveugle de l’économie et des marchés financiers leur cause peu de soucis. Tout comme ils se moquent bien de ce que leur programme de « lutte contre la crise » – couper dans les budgets sociaux, mais en aucun cas dans celui de l’armée – frappe de plein fouet ceux qu’ils prétendent défendre.

