Notre pays a grand besoin de mixité
Trois femmes à la tête de l’Etat – et maintenant ?
C’est la première fois dans l’histoire de la Suisse que les deux Conseils seront simultanément présidés par deux femmes : Pascale Bruderer (PS) prendra les rênes du Conseil national et Erika Forster (PLR) celles du Conseil des Etats. Avec l’élection de Doris Leuthard à la présidence de la Confédération, une troisième femme viendra rejoindre la tête de l’Etat en 2010. On mesure le chemin parcouru par les femmes depuis qu’elles ont reçu le droit de vote en 1971. Mais ces fonctions prestigieuses ne doivent pas nous bercer d’illusions, car il reste encore beaucoup à faire.
Il y a une semaine, la presse nous ramenait sur terre avec une nouvelle scandaleuse : pour la première fois depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’égalité en 1996, l’écart salarial entre les hommes et les femmes a de nouveau augmenté. En 2008, les femmes ont gagné en moyenne 19,3% de moins que les hommes. Cette différence n’est fondée que dans 60% des cas, les 40% restant relèvent de la discrimination pure et simple.
L’une des causes invoquée pour expliquer les inégalités salariales est que les postes de cadres dans les grandes entreprises restent encore en grande majorité l’apanage des hommes. La proportion de femmes dans les organes dirigeants des cent plus grandes entreprises suisses n’est que de 5%. On ne compte que trois femmes CEO. Dans les conseils d’administration de ces mêmes entreprises, seuls 6,7% des sièges sont occupés par des femmes. Pourtant, comme l’agence de consulting McKinsey l’a montré dans une étude parue en 2007, les entreprises qui comptent plus de trois femmes dans leur comité directeur ont un rendement jusqu’à 53% supérieur. Les équipes mixtes connaissent davantage de succès.
Il n’est donc pas temps de nous reposer sous nos lauriers, même si deux femmes rayonnent actuellement dans les pages politiques des journaux. Réjouissons-nous de cette belle victoire et puisons-y l’énergie nécessaire pour poursuivre la lutte. Tant que le droit à l’égalité salariale ne sera pas assuré, tant qu’il restera difficile pour les mères de concilier famille et profession, tant qu’il manquera 120'000 places de crèches en Suisse, tant que les femmes ne seront pas naturellement les bienvenues au sommet de l’économie – l’égalité n’existera que sur le papier.
